Table ronde N° 3 : Le rôle des animateurs dans la fabrique de l’opinion, retour sur les ateliers

Vendredi 21 janvier – 14h-16h30

Au cours de cette dernière table ronde, qui constituera le moment de clôture de ces secondes Rastere, deux témoins nous livreront leur perception, leurs expériences voire leur opinion vis-à-vis de la question complexe de l’élaboration de cette dernière.

Richard-Emmanuel Eastes – Agrégé de chimie – Enseignant-chercheur au Département d’Etudes Cognitives de l’Ecole normale supérieure (ENS, Paris) – Directeur de l’Espace Pierre-Gilles de Gennes (ESPCI ParisTech) – Président de l’association Les Atomes Crochus et du groupe Traces (Paris) – Co-fondateur de l’association Paris Montagne (Paris) – Auteur de Vers une agriculture choisie (2010, éditions du Cavalier Bleu).

Clara Osadtchy – ancienne chargée de mission au sein de l’association Agir pour l’Environnement -  élue au Conseil régional de Basse Normandie – doctorante en géographie sociale à l’Université du Mans.

Contribution :

  • Une nature des opinions du public modelée par de nombreux facteurs sociaux, éducatifs, cognitifs, environnementaux. Exemple de l’incinérateur : entre vision pasteurienne de riverains natifs et vision environnementale de néo-ruraux en quête de nature.
  • « Fabriquer » des opinions, comment et pourquoi : le cas particulier des associations environnementales. Exemple d’Agir pour l’environnement, association nationale de lobbying.
  • Crise de la Science et société du risque : peut-on former le public à comprendre les controverses ? les médiateurs doivent-ils parler des incertitudes et comment ? Exemple de la controverse liée aux ondes électromagnétiques.

Texte de cadrage :

La notion de médiateurs est utilisée ici pour faire référence à la médiation humaine que les citoyens sont susceptibles de rencontrer dans tous les lieux où l’on éduque et communique sur la science et l’environnement. Il permettra de désigner indifféremment les animateurs/médiateurs scientifiques et les éducateurs à la Nature, l’environnement…

« Le changement climatique est – ou n’est pas – d’origine humaine » – « Le bio c’est bon pour la santé » – « Les OGM c’est dangereux pour la santé » – « Il faut manger 5 fruits et légumes par jour » – « Il faut se faire vacciner contre la grippe A ». « Il ne faut pas se faire vacciner contre la grippe A »…
Dans tous les moments où ils ont à faire avec des participants, avec du public (animations, expositions, ateliers de pratiques, sorties de terrain, actions de sensibilisation, visites de sites, débats,…), les médiateurs sont confrontés à des niveaux de savoirs multiples, à de l’ignorance, à de l’absence de savoirs, de connaissances, de représentations ou même d’avis sur un sujet donné ; mais aussi à une multitude d’opinions individuelles bien souvent construites, voire conditionnées par les médias (journaux télévisés, presse, radio…).
Mais quelle est la nature de ces opinions auxquelles sont confrontés les professionnels dans les structures de culture scientifique et d’éducation à l’environnement ? S’agit-il plutôt d’opinions d’adhésion, non critiques devant les progrès de la science ? S’agit-il au contraire plutôt d’opinions critiques, méfiantes et remettant en cause la légitimité des chercheurs ?
Les crises successives largement sur-médiatisées (vache folle, risque nucléaire, OGM, grippe A…) depuis les années 90 ont-elles impacté les opinions exprimées ? Ont-elles induit une forme de défiance perceptible vis-à-vis du monde scientifique ?
Actuellement, les secteurs émergents de la recherche scientifique mettent en avant des risques nouveaux et relativement imprévisibles (nanotechnologies, fécondation médicalement assistée, manipulation du vivant, clonage…). Plus la recherche progresse, plus elle nous expose à notre propre ignorance. Selon Philippe Roqueplo, «  si l’opinion publique est désormais en alerte à l’égard des risques scientifiques et technologiques, ce n’est pas parce que l’on a une meilleure connaissance des dangers mais plutôt parce qu’on a conscience de l’étendue de notre ignorance ». Pour autant, l’opinion ne peut se confondre avec l’ignorance en ce sens que l’opinion constitue elle-même un mode de savoir, une façon de penser, un jugement – parfois très personnel et qui peut être erroné – sur un sujet ou une situation. Le rôle des médiateurs n’est-il pas rendu plus difficile lorsque leurs interventions se situent dans le cadre de ces domaines émergents sur lesquels ils possèdent eux mêmes leurs propres opinions?
Autant de questions auxquelles, nous l’espérons, ces deux jours de rencontres et ces contributions finales apporteront des éléments de réponse, d’ouverture qui nous permettront de poursuivre la réflexion et les échanges.

Animation
Saskia Cousin - docteur en anthropologie sociale (EHESS) – maître de conférences en sociologie à l’IUT de Tours.

Coordination
Sylvie Fortin- Maître de conférences en psychologie à l’IUT de Tours, responsable de la licence professionnelle « Médiation scientifique et éducation à l’environnement »
Hervé Prévost, chargé de mission fédération nationale des Francas.