Table ronde N° 2 : Débats sciences et société, alibis démocratiques ? pas d’opinion sans savoirs ?

Jeudi 20 janvier 16h30 – 18h

L’opinion est-elle intéressée, avide, paresseuse, têtue et versatile ? Est-ce une forme de savoir, un savoir dense, plein, plausible ? Faut-il renoncer à l’opinion et s’en remettre à l’esprit scientifique ? Nous vivons dans des sociétés de la connaissance très particulières. Les savoirs actuels créent des problèmes nouveaux. Sans les acteurs scientifiques qui pointent les  problèmes, les citoyens ne pourraient-ils plus s’appuyer sur des données solides ? La population peut-elle oser savoir, ne pas accepter de vivre sous la tutelle des experts  ou perd-elle connaissance ?

Mais les choses sont-elles aussi séparés entre les savants » et les « ignorants ». Les savants sont-ils les seuls à pouvoir pointer les problèmes et produire des données ? Les populations qui ne sont pas des scientifiques de profession peuvent cependant très bien juger des effets des technosciences.

Est-ce que cela revient à contester la ligne de démarcation entre les sphères de la science et de l’opinion ? Peut-on exercer son jugement quand la science est si complexe ? Les profanes ont-ils une autre forme de savoir, une prudence et une capacité de diagnostic, d’interprétation des faits, d’exploration de solutions envisageables ? Les situations de co-production  avec les scientifiques sont rares. Pour la population, il s’agirait moins de fantasmer sur l’expertise générale. Il s’agit moins de « savoir », que de « savoir comment savoir » : que demander, où chercher, quoi lire, qui interroger et pourquoi en prendre la peine ?

Une part croissante des savoirs est aujourd’hui produite dans un univers marchand et la plupart des scientifiques, des grands acteurs économiques et des politiques continuent de croire au progrès et d’avoir une grande confiance en la technologie. Comment intéresser les citoyens à la science telle qu’elle se fait, avec ses rapports de force, ses incertitudes, les contestations multiples que suscitent ses prétentions, les alliances entre intérêts et pouvoirs qui l’orientent, les mises en hiérarchie des questions, disqualifiant les unes privilégiant les autres ?

Les scientifiques seraient-ils mieux placés que d’autres pour juger des questions d’emblée sociales ou politiques ? Peut-on accréditer l’idée d’efficacité de processus politiques de concertation et de médiation entre tous les acteurs, pouvant aboutir à des consensus satisfaisant les intérêts de chacun ?

Les mouvements de science citoyenne réhabilitent la figure de l’opinion publique éclairée capable de susciter et de contribuer aux controverses  sur le nucléaire, la santé publique, l’environnement, le clonage… Leurs savoirs ont-ils une quelconque légitimité ou ont ils toujours à être soigneusement encadrés et subordonnés aux savants et aux experts professionnels ?

Intervenants :

Olivier Las Vergnas : Directeur de la Cité des métiers, Président de l’Association Française d’astronomie,  sur la culture scientifique et technique construite au quotidien.

Contribution : Comment passer d’un monde des « savoirs subis » à un monde des « savoirs choisis » ? Comment éviter la posture habituelle de la  vulgarisation qui infantilise et s’oppose à l’empowerment  scientifique? Comment favoriser l’autodirection 
par celui qui veut savoir ? Comment donner l’envie et les moyens au plus large public de s’approprier méthodes et connaissances scientifiques pour résoudre des problèmes et mieux distinguer croyances, convictions et savoirs étayés ?

Pierre Fantin : Directeur et coordinateur associatif – Association Charentes Nature

Contribution : Comment se faire son opinion et participer au débat collectif d’intérêt commun : l’exemple des débats contradictoires  sur les différents usages de l’eau ? Dans quelles conditions les intelligences citoyennes peuvent-elles être légitimes et valides face à la complexité contemporaine ?

Arnaud Marsollier : Chargé de communication au CERN et responsable de la communication de l’Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des particules du CNRS

Contribution : La demande de débats « science-citoyen » déplace-t-il l’intérêt porté aux évolutions de la science fondamentale ?
La physique des particules est très clairement un domaine de recherche fondamental, de fait assez éloigné des préoccupations sociétales. Au-delà de la communication institutionnelle, les institutions de recherche dans ces domaines sont ainsi plus souvent tournées vers des projets de vulgarisation, voire d’éducation – une préoccupation importante étant d’enrayer la désaffection des filières scientifiques. Pour autant les technologies développées trouvent parfois des applications qui peuvent avoir une portée décisive pour la société: le web inventé au CERN, ou actuellement le développement de technologies de diagnostic, d’imagerie médicale ou de traitement du cancer (hadronthérapie). Par ailleurs, les chercheurs sont de plus en plus interpelés sur l’utilité de leur recherche, que ce soit par le public ou par le politique. Les modes de financement de la recherche de plus en plus pilotée par appels à projets pousse certainement la recherche fondamentale elle-même à explorer un peu plus les moyens de valoriser ses travaux en terme d’applications : développement de bureaux de transfert de technologie, développement de l’interdisciplinarité, et justement : participation aux débats de société (nucléaire, énergie…).

Animateur de la table ronde :

Francis Thubé : Directeur de l’IFREE (Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement)

Coordination de la table ronde :

Dominique Bachelart : maîtresse de conférences en sciences de l’éducation, co-responsable de la licence professionnelle « Médiation scientifique et éducation à l’environnement », IUT de Tours.

Francis Thubé : Directeur de l’IFREE (Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement)