Rastère 2013, la problématique

Les « sciences participatives » prennent de l’essor, en mettant en avant l’idée que des non scientifiques (professionnels) peuvent participer à des activités scientifiques. Très développées dans le secteur de la biodiversité sous la forme de suivis d’espèces, elles permettent aux chercheurs, par l’engagement d’un grand nombre de participants, d’étudier les dynamiques des espèces animales et végétales à hauteur des changements globaux. La mobilisation de scientifiques-amateurs dans ce domaine est ancienne. La coopération nouvelle de réseaux de volontaires rendent possibles des enquêtes à grande échelle sur des taxons nombreux (oiseaux, vers de terre, insectes…) avec le soutien des médias, des institutions scientifiques et des associations éducatives.

Explorer la diversité des démarches de participation

Les dispositifs de participation contributive du public se sont multipliés et diversifiés à d’autres domaines grâce aux progrès technologiques et parfois à leurs applications ludiques. Les démarches actuelles exploitent le temps, l’enthousiasme et la motivation du public au service d’une cause publique ou privée, dans les domaines variés de l’écologie (ex : l’observatoire des oiseaux des jardins), de l’astronomie, de la transcription de papyrus anciens, pour capter des signaux radio de potentielles sources extraterrestre (programme SETI@Home) ou même pour inventer des prototypes de drones pour le Pentagone. Des « jeux sérieux » invitent les internautes à « replier » des molécules (jeu Fold.it). Dans le domaine de la santé, des malades et leurs associations s’organisent pour travailler à la meilleure connaissance et reconnaissance  de leurs symptômes, peser sur les protocoles mis en place, influer sur les recherches entreprises. Certaines démarches, comme la réalisation par les citoyens de cartographies des zones irradiées après Fukushima, se situent dans la tradition des controverses socio-techniques, tout comme  des actions militantes « d’épidémiologie populaire » dans lesquels des habitants se sont auto-organisés pour s’informer ou se défendre face à des agressions de leur environnement. Les formes de participation sont donc infiniment variées.

Vers une typologie entre les sciences « participatives », « collaboratives », « citoyennes ». Les comportements scientifiques, sociologiques, politiques sont, en effet, différents selon les processus engagés selon deux axes :

- la contribution des personnes et leur engagement, les rapports de force et de pouvoir : simple collecte de données, mise à disposition des ordinateurs des particuliers dans des projets « d’informatique répartie », projets à dimension communautaire ou à grande échelle, financements participatifs de la recherche, engagement passionné de profanes qui se forment à travers leur contribution ou  des projets militants et revendicatifs.

- l’articulation entre le scientifique et le sociopolitique : saisines du monde scientifique par des lanceurs d’alertes à partir d’investigations militantes individuelles ou collectives, contribution des personnes « parties prenantes » et des associations qui posent des questions sociales aux scientifiques académiques, participent à la définition de protocoles et produisent des contre-expertises profanes.

Selon des projets, qui sont les participants : des amateurs « triés sur le volet », des scientifiques à la retraite, des écoliers, des passionnés, des amateurs, des profanes enrôlés, concernés, militants ? Ces nouvelles figures de participation basée sur le dialogue scientifique/profane, voire la co-construction de savoirs sont censées remplacer le modèle déficitaire qui présente le public comme ignorant, malléable, irrationnel. Comment les participants sont-ils recrutés, organisés ? Y-a-t-il un dialogue horizontal entre les participants permettant leur valorisation, la capitalisation et échange d’expérience ? Le participant a-t-il accès aux données, aux résultats, à leur interprétation, à la formulation des enjeux de la recherche, dans une relation de réciprocité avec les chercheurs et ce tout au long du processus ?

Les scientifiques ne convergent pas sur le rôle attribué ou reconnu aux participants. Certains d’entre eux restent réticents et contestent la fiabilité des recherches réalisées dans ce cadre. S’agit-il pour les chercheurs d’accumuler une grande quantité de données, la quantité compensant le risque de manque de fiabilité ou de maîtrise des protocoles ? Est-ce que ces processus génèrent de nouvelles connaissances, de nouvelles manières de poser les problèmes ?

Les Rencontre AST/ERE seront l’occasion d’échanger avec des responsables de programmes, des animateurs de ce type de démarches et de soulever avec eux un certain nombre de questions.

Questions éthiques et politiques

Le public risque d’être instrumentalisé au service de finalités scientifiques, techniques, industrielles, économiques qu’il ne perçoit pas. Comment construire une réelle éthique des sciences participatives : accès aux données pour les contributeurs, respect de la vie privée avec les données géolocalisées, débat sur la propriété des données et la maîtrise de leurs finalités, maintien d’une capacité à « protester » sur les usages et les orientations technoscientifiques prises ? La question de qui possède les produits et les savoirs techno-scientifiques relève bien sûr de l’ordre politique et du droit.

Apport éducatif  des démarches de sciences participatives

Ces pratiques représentent un potentiel éducatif qui modifie – de manière partielle, ponctuelle, expérimentale, la distribution des savoirs et les formes des savoirs, voire la définition du caractère « scientifique » lui-même. Quel est le rôle des associations AST/ERE dans ces démarches ? Y trouve-t-on de nouvelles ressources pédagogiques actives pour sensibiliser le public aux « sciences », stimuler l’acquisition de compétences et lui permettre de se former ? Y-a-t-il là des possibilités de renouveler des propositions pédagogiques actives dans le temps long  et mobiliser de nouveaux participants ? A quelles conditions de méthodes, de moyens ? Comment ces processus sont-ils animés ? Y-a-t-il là un nouveau métier, de nouvelles compétences  pour les animateurs ?

Les rencontres AST-ERE puiseront dans les démarches repérées en France pour tenter de caractériser les initiatives et leur portée et comprendre comment il est possible d’initier, d’animer, dynamiser, sécuriser ces programmes. Les tables rondes et les ateliers offriront aux animateurs l’occasion de s’approprier ces démarches, de repérer les sujets intéressants, les programmes à mobiliser et de se mettre en réseau pour soutenir les initiatives.